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Histopole

L'armée macédonienne de Philippe II : l'art militaire antique révolutionné

28 Novembre 2022 , Rédigé par Benoît Publié dans #Histoire antique

À l'évocation des rois de la Macédoine antique, il est presque assuré que le nom d'Alexandre le Grand viendrait immédiatement à l'esprit. La célébrité du conquérant ne doit pourtant pas faire oublier que les personnages historiques sont bien les produits de leurs prédécesseurs. A ce titre, Philippe II requiert une attention particulière. Le père d'Alexandre est en effet crédité d'avoir apporté de nombreuses innovations dans l'appareil militaire macédonien. Toutefois, l'organisation de cette armée pose des problèmes délicats, qui ne sont encore qu'imparfaitement résolus. Il réside notamment des interrogations sur la date précise de la réforme militaire, si tant est que ces mutations se soient produites en une seule fois, ou bien au grès de l'expérience acquise au fur et à mesure des campagnes menées. En soi, les sources écrites sont peu explicites, on ne trouve pas de calendrier précis des changements opérés.

De nouvelles tactiques et formations de combat.

 

Par rapport à ses homologues des autres armées grecques, la cavalerie macédonienne se voit octroyer un rôle plus offensif et surtout plus cohésif avec l'infanterie. Elle manœuvre pour attaquer les flancs de la formation ennemie, tandis que les fantassins chargent le centre. L'adversaire est ainsi pris entre le « marteau et l'enclume ».

La caractéristique notable de cette nouvelle armée tient avec une refonte de la phalange. Cette formation de combat remonterait au VIIe siècle av J.-C. et à l'époque classique (500-323 av. J.-C.), la forme hoplitique de la guerre est généralisée. Alors que les fantassins de type hoplitique portent un équipement lourd avec notamment l'hoplon, (un bouclier rond d'environ 90 cm de diamètre), les Macédoniens allègent cet équipement.

Illustration de la phalange macédonienne
La phalange macédonienne

L'armement défensif devient plus léger, la cuirasse est remplacé par une tunique, bien qu'il semble que les officiers portaient des cuirasses. Le reste de l'équipement défensif se compose d'un casque inspiré des modèles thraces, de jambières (cnémides) et d'un petit bouclier appelé pelta, de soixante centimètre de diamètre. Concernant l'armement offensif du fantassin macédonien, la sarisse, est sans doute l'arme la plus représentative de la nouvelle organisation militaire. Il s'agit d'une longue pique en bois de cornouiller qui mesure entre 4,25 et 5,50 mètres, et fait une épaisseur d'environ 3 cm. Elle est dotée d'une pointe de 30 cm et d'un talon allongé. Il se peut aussi qu'elle ait comporté une douille de fer pour assurer sa solidité et 

prévenir les vibrations de la hampe. Pesant environ 6 kilos, la sarisse devait être maniée avec les deux mains. La main gauche positionnée à 4 mètres de la pointe et la main droite, à moins d'un mètre du talon. Les soldats situés au milieu de la phalange peuvent éventuellement laisser reposer la sarisse, sur l'épaule de celui qui se trouve devant eux. Dans les rangs arrières de la phalange, les hommes maintenaient l'arme à la verticale. Alors que le fantassin use de ses deux mains pour manier la sarisse, son bouclier est maintenu par une courroie de cuir à l'épaule. L'épée d'environ 40 cm est attachée à la ceinture.

La phalange macédonienne dispose de plusieurs avantages sur celle de type hoplitique. La sarisse apporte une allonge plus importante que la lance employée par les hoplites (4 m50 contre 1 mètre 50). Les armes macédoniennes touchent l'adversaire avant que ces

Détails d'une sarisse macédonienne
Sarisse

derniers puissent blesser où tuer les fantassins des premiers rangs. De plus, la forme du fer était conçu pour pénétrer la cuirasse et poursuivre sa trajectoire dans le corps de l'ennemi, à la différence des lances traditionnelles, qui visent à endommager la cuirasse de l'adversaire ou à blesser.

Un aspect psychologique se dégage aussi, la vue d'une formation de combat hérissée de piques ne manque pas d’être effrayante pour l'ennemi. Les rangs de la phalange macédonienne sont aussi plus serrés, du fait d 'un bouclier réduit de moitié par rapport au modèle grec. Les troupes combattent littéralement coude à coude, accentuant sa cohésion.

Concernant le nombre de rangs qui composent la phalange macédonienne, il est de 16, contre 8 pour la phalange hoplitique. Ce nombre n'augmente pas en soi l'effet de la poussée, mais permet de résister plus longtemps face à un adversaire qui inflige des pertes. L'allègement de l'équipement porté par les Macédoniens rend la phalange plus mobile, ce qui augmente sa vitesse de charge. Le premier choc dans une bataille rangée entre deux phalanges étant fondamental, il s'agit là d'un avantage conséquent. Bien que les manœuvres soient facilitées, la phalange macédonienne reste vulnérable aux attaques sur les côtés ou l'arrière. L’entraînement qu'exige le maniement de la sarisse est rude et le déplacement avec une telle arme exige un entraînement très poussé.

Les Hypaspistes constituent un autre corps d'infanterie parfois appelée somatophylakes,(les gardes du corps du roi). Il n'est pas sûr que Philippe II ait crée cette troupe, mais qu'il s'agisse de l’œuvre d'Alexandre II, qui régna entre 370 et 368 av. J.-C. Ces hommes sont

Illustration d'un hypaspiste macédonien
Hypaspistes

un corps d'élite plus légèrement armée que les fantassins constituant la phalange. Ils étaient entraînés à manœuvrer à des vitesses supérieures à celle-ci. Dans une armée qui base ses tactiques sur une complémentarité entre la cavalerie et la phalange, le corps des hypaspistes joue un rôle d'intermédiaire.

La cavalerie représente à la fois une arme tactique et offensive dans l'armée macédonienne. Philippe la divise en Ilai, c'est à dire en escadrons, constitués à partir des régions d'origines des hommes. Cette pratique ayant pour objectif de créer de l'émulation entre les hommes qui cherchent à prouver la valeur de leurs régions respectives. Philippe s'inspire aussi des pratiques des Scythes et des Thraces. La cavalerie attaque en une formation de coin, pour mieux déborder les flancs de l'adversaire.

Pour ce qui est de l'équipement, les cavaliers portent un casque de fer, une cuirasse en bronze ou en cuir et dispose d'un xyston, une lance qui mesure entre 3,5 et 4,25 mètres, et d'une épée courte. Philippe constitue, vraisemblablement, un corps d'éclaireur nommé podromoi, qui pouvaient être déployé rapidement sur le terrain.

Selon Arrien, l'élite de la cavalerie est formée par les Hétairoi, c'est à dire les Compagnons Royaux. ils portent un casque de métal, une cuirasse, ou bien un corselet. Ils disposent aussi de la machaira, qui est une épée recourbée. Il semble aussi qu'ils soient dotés de sarisse où tout du moins d'un xyston un peu plus long (environ 4 mètres et pesant 2 kilos). Le fait d'entrer dans cette élite des unités de cavalerie fait l'objet d'une intense compétition et dépend de la décision du souverain.

Philippe II incorpore aussi des troupes spécialisées au sein de son armée, qui proviennent souvent des peuples soumis qui deviennent ses alliés. L'utilisation de troupes étrangères au sein de l'armée a aussi une visée politique, car ses soldats transfèrent leur loyauté de leurs propres rois à Philippe. Néanmoins les Macédoniens estimaient que les « Illyriens, Dardaniens et autres tribus barbares étaient d'une loyauté douteuse et d'un caractère instable11 ».

Sous le commandement de Philippe II, l'armée est désormais constituée de fantassins et de cavaliers entraînés et spécialisés. La complémentarité entre ces unités et l'expérience des hommes fait la différence durant les campagnes militaires. De plus, les soldats portent leurs armes et provisions, ce qui permet une économie considérable des bagages et des bêtes de sommes. Les combattants sont rémunérés par une solde versée régulièrement. Les hypaspistes figurent parmi mieux payés avec un drachme par jour. Le souverain instaure aussi un système de récompenses avec des dons d'argent et aussi des promotions dans les rangs des hypaspistes et des Compagnons, sans compter les concessions de terres.

Outre les évolutions tactiques apportées par la spécialisation et la complémentarité de ses unités combattantes, Philippe II introduisit des avancés techniques dans le domaine de la poliorcétique. Entre les années 359 et 350, le roi constitua ce que l'on peut nommer un corps du génie qui travaille à la construction des machines de siège. Au siège d'Olynthe en 348, les Macédoniens ont employé des catapultes pour tirer des carreaux, il s'agit d'une arme inventée par Denys l'ancien en 390 av J.-C. Les fouilles archéologiques ont mis au jours un bon nombre de ces projectiles. Le même engin fut encore déployé lors du siège de Périnthe en 340. Une évolution notable se produit au cours de l'année 340, il s'agit de l'invention de la catapulte à torsion par un dénommée Polyeidos. Cette arme plus puissante que les autres catapultes peut être placé au sommet d'une tour de siège (helepolis), était en mesure d'abattre efficacement les murailles d'une cité.

 

Conclusion

 

L'armée macédonienne réorganisée par Philippe ne se contente plus d'un rôle défensif, elle prend l'initiative de l'attaque. La dimension professionnelle de cette armée peut en partie expliquer les succès du roi sur ses ennemies, mais il faut aussi voir que ces réussites reposent sur la spécialisation et la complémentarité entre l'infanterie et la cavalerie. De plus, l'apport des nouvelles armes de siège permettent de changer l'art de la poliorcétique et ainsi de prendre les cités plus rapidement. Si dans les premiers temps de son règne Philippe II a pu dépendre des mercenaires, ces derniers furent rapidement écartés au profit d'effectifs macédoniens. Cette armée conduite par le roi qui est en outre, le général par excellence, ne manque pas de connaître de grands succès, qui augmente la puissance macédonienne finalement culminante sous le règne d'Alexandre le Grand.

Sources :

I. Worthington, Philippe II, roi de Macédoine, stratège, diplomate, créateur d'Empire, Economica, Paris, 2011.

J.-N Corvisier, Guerre et société dans les mondes grecs (490-322 av. J.-C.), Armand Colin, Paris, 1999.

Diodore XVI, 3 et 13.

J-N Corvisier, Philippe II de Macédoine, Fayard, 2002.

Arrien, I, 15,5.

Justin XI, 1, 1-6.

 

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